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Etats-Unis : la marée noire se dirige rapidement vers la Floride

par Les hirondelles 20 Mai 2010, 07:30 Amérique

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La nappe (contour blanc) s'est rapporchée du courant marin Loop Current (en rouge) entre le 15 mai (image de gauche) et le 18 mai (image de droite). (crédit : CLS)
La nappe (contour blanc) s'est rapporchée du courant marin Loop Current (en rouge) entre le 15 mai (image de gauche) et le 18 mai (image de droite). (crédit : CLS)

La nappe de pétrole dans le golfe du Mexique s'étend vers le sud et aurait rejoint le Loop Current. Ce courant marin pourrait rapidement transporter une partie du pétrole vers les côtes de Floride et dégrader la troisième barrière de corail au monde.

Une partie du pétrole qui continue de s'échapper du forage de l'ex-plate-forme Deepwater Horizon aurait été happée par un fort courant marin, le Loop Current. C'est ce qui ressort de l'analyse par l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) des données satellitaires de l'agence spatiale européenne (ESA) datées du 18 mai. Une preuve que les craintes exprimées mardi par l'agence maritime gouvernementale américaine (NOAA) étaient fondées. Le pétrole de BP pourrait être transporté en 6 ou 8 jours vers les côtes de Floride. Une catastrophe pour les récifs coralliens de l'archipel des Keys, la troisième barrière de corail au monde, situés sur son passage.

 

 

Le Loop Current tourne dans le sens des aiguilles d'une montre dans le golfe du Mexique avant de s'appuyer sur les côtes cubaines. Puis les eaux de ce courant, qui se déplace à une vitesse comprise entre 3 et 5 km/h, viennent lécher les côtes de Floride en passant par les Keys. De grandes quantités de pétrole pourraient ainsi être charriées vers cette zone qui semblait jusqu'à présent à l'abri de la marée noire*. Bertrand Chapron, qui a dirigé l'analyse des images de l'ESA, préfère rester prudent : «Nous ne disposons que de données surfaciques, nous ne pouvons donc tirer aucune conclusion sur les volumes qui sont transportés.» Pour le moment, le courant continue d' «attirer» le pétrole (ce que l'on peut constater en observant l'évolution des images entre le 15 et le 18 mai). Il suffirait toutefois d'une petite modification locale des courants ou des vents pour que le fin corridor qui vient rencontrer la boucle marine ne soit brisé. «Cela désamorcerait la pompe en quelque sorte», explique le docteur en mécanique des fluides.
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Les pouvoirs publics américains impuissants

 

Qu'advient-il du pétrole pris dans le Loop Current ? Etant donné la force du courant, Christophe Rousseau, adjoint au directeur du Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre), estime qu'il serait fortement brassé. La nappe de «mousse au chocolat» serait donc fragmentée en de nombreuses boulettes plus petites. «Cela conduirait alors à une pollution plus vaste, mais moins intense des côtes américaines», explique-t-il. Difficile pour le moment de dire si cela est une bonne ou une mauvaise nouvelle. «Deux idéologies s'opposent : il y a ceux qui pensent qu'il vaut mieux sacrifier une petite zone géographique, et ceux qui préfèrent voir une plus grande zone touchée pendant une période moins longue.» Toutes les personnes qui vivent du tourisme en Floride savent de quel côté pencher. Les pouvoirs publics américains ne peuvent toutefois rien faire pour enrayer le phénomène.

Le suivi de la nappe prise dans le courant promet en plus d'être compliqué. A la fois trop diluée et trop profonde, elle ne pourra certainement pas être observée par les satellites. Seules les analyses de terrain permettront d'évaluer l'ampleur du phénomène. Dans le pire des scénarios, encore improbable, une partie de la côté est américaine pourrait elle aussi être touchée dans les semaines à venir. Le Loop Current devenant Gulf Stream en remontant la côté est, quelques fines particules de pétrole pourraient même atteindre les côtes européennes dans plusieurs mois. Christophe Rousseau pense toutefois qu'après avoir parcouru une telle distance, les boulettes seront alors tellement petites qu'elles seront invisibles à l'œil nu.

*Après analyse, il a été démontré que les premières boulettes découvertes mardi sur les côtes de Floride n'ont aucun lien avec le pétrole qui s'échappe du forage de l'ancienne plate-forme Deepwater Horizon. «Quand l'Erika a coulé, nous avons surpris 32 bateaux dans le secteur qui tentaient de profiter de la catastrophe pour maquiller leur propre dégazage, explique Christophe Rousseau. C'est probablement ce genre de comportements opportunistes qui sont à l'origine de ces premières pollutions observées en Floride.»

Le Figaro 20/5/2010

 

Les images:

 

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