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L'usine du monde perd de sa compétitivité

par Les hirondelles 3 Juillet 2010, 22:18 Asie

 
Par Florentin Collomp

Crédits photo : ASSOCIATED PRESS
Les marques d'habillement qui s'étaient précipitées en Asie depuis dix ans s'interrogent sur leur stratégie.

À Éloyes, dans les Vosges, l'usine du tisseur-filateur Tenthorey tourne à plein régime. Ses carnets de commandes sont saturés pour juillet et août. On n'avait pas vu ça depuis longtemps. «L'an dernier, nous avons tourné à 65% de nos capacités et fait du chômage partiel. Depuis le début de l'année, nous sommes à 100%», annonce son président, Yves Dubief.

Alors qu'on pensait l'industrie textile française condamnée à un déclin inéluctable, ce sursaut d'activité surprend. Il s'explique par une conjonction de hausses des coûts des matières premières, du dollar, du fret et de la main-d'œuvre, après une explosion des revendications salariales. Conséquence: une progression sensible des coûts de production en Asie, principalement en Chine, qui concentre un tiers des exportations mondiales d'habillement.

 textile-chine

 

«Depuis deux ou trois mois, les grandes tendances macroéconomiques sont favorables à l'industrie française», constate Emmanuelle Butaud, de l'Union des industries textiles. Les effets se manifestent à la fois dans la production de tissus et dans la confection. La pénurie de coton en Asie a fait s'envoler les prix de 60% en un an. Et les Européens ont du mal à s'approvisionner car les Asiatiques se servent entre eux. D'où la redécouverte d'industriels locaux. «Alors qu'on nous disait qu'on n'avait plus besoin de nous, les clients se souviennent qu'on existe», se réjouit Yves Dubief, qui avait réduit ses effectifs de 140 à 65 personnes depuis 2007.

«On sent que les cartes sont en train d'être rebattues. La Chine devient trop chère. Cela profite à des producteurs européens ou du bassin méditerranéen», note Gildas Minvielle, directeur de l'observatoire économique de l'Institut français de la mode.

Alors que de nombreuses usines textiles avaient fermé en Chine durant la crise, celles qui restent tournent maintenant à pleine capacité. Ce qui supprime toute marge de négociation sur les prix. Après être passée de 20% à 33% des exportations mondiales d'habillement en six ans, la Chine semble atteindre un palier, voire sur le point de perdre des parts de marché.

L'aspiration à un meilleur niveau de vie des ouvriers de l'«usine du monde» fait tâche d'huile. Les grèves qui ont touché récemment Foxconn, le sous-traitant d'Apple, Sony et Nintendo ou Honda ont été symboliques d'un mouvement de fond qui concerne tous les secteurs. Foxconn a accepté d'augmenter les salaires de 70%. Les industriels réagissent en délocalisant leur production des zones côtières du sud-est du pays vers l'intérieur, où les salaires sont inférieurs, mais cela ne fait que repousser le problème. À Juijang, 8000 salariés d'une usine d'Adidas ont débrayé.

Relocaliser au Maghreb

Les donneurs d'ordres multiplient aussi leurs sources d'approvisionnement en se tournant vers des pays à moindres coûts, comme le Vietnam, l'Inde ou le Bangladesh. Mais ces pays sont à leur tour rattrapés par les mêmes aspirations. Au septième rang des importations d'habillement en France, le Bangladesh a été paralysé le mois dernier par une grève touchant 800.000 ouvriers de 700 usines textiles réclamant un salaire minimum de 60 euros par mois, au lieu de 25 euros aujourd'hui.

Les marques d'habillement qui s'étaient précipitées en Asie depuis dix ans s'interrogent sur leur stratégie. «Ces tensions nous poussent à réorienter nos achats, explique Éric Sitruk, patron de la griffe de mode Bel Air. Quand il n'y a pas suffisamment de valeur ajoutée, nous préférons désormais nous approvisionner au Maroc, compte tenu des avantages gagnés en termes de coûts, de délais et de facilité.» La Chine est ainsi passée de 50% à 40% des approvisionnements de la marque, qui a relocalisé récemment une partie de sa fabrication au Maghreb, en Turquie et même en France. Le japonais Uniqlo, qui achète 85% de sa production en Chine, vient d'annoncer qu'il souhaitait en relocaliser un tiers ailleurs.

(Le Firago)

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