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La corrida interdite en Catalogne à partir de 2012

par Les hirondelles 29 Juillet 2010, 22:33 Traditions

Des anti-corridas manifestent devant le parlement catalan à Barcelone AFP PHOTO / ALEJANDRO GARCIA


Des anti-corridas manifestent devant le parlement catalan à Barcelone AFP PHOTO / ALEJANDRO GARCIA Crédits photo : AFP

L'interdiction de la corrida a été votée au parlement catalan, après des débats houleux. La région devient la deuxième d'Espagne à bannir la tauromachie, après l'archipel des Canaries en 1991.

Le parlement autonome catalan a voté mercredi l'interdiction de la corrida, par 68 voix pour et 55 contre. Neuf députés se sont abstenus. L'interdiction sera effective à partir du 1er janvier 2012. La Catalogne devient la deuxième région espagnole à interdire ce spectacle, après les îles Canaries en 1991.

A l'origine de ce vote, une « initiative législative populaire » réclamait la fin de ce spectacle « barbare » et avait recueilli 180 000 signatures depuis l'année dernière. Pendant le débat mercredi matin, des manifestants s'étaient rassemblés devant le parlement à Barcelone: les amateurs de corridas réclamaient la « liberté », tandis que les opposants exigeaient la fin de la « torture » animale. Ces derniers étaient également soutenus par des groupes internationaux de défense des animaux. La Société mondiale pour la protection des animaux (WSPA) avait ainsi transmis lundi au parlement catalan une lettre signée par quelques 140 000 personnes.

«Patrimoine culturel»

 

En France, 58 députés de tous bords soutenaient leurs collègues catalans anti-corridas. Ils ont signé une proposition de loi des députées Muriel Marland-Militello (UMP) et Geneviève Gaillard (PS) qui vise à interdire aussi la corrida en France. Ardente défenseuse des animaux, Brigitte Bardot a salué l'issue du scrutin catalan : «La corrida est d'un sadisme incroyable, nous n'en sommes plus aux jeux du cirque et il faut mettre un terme immédiat à cette torture animale », ajoutant que la France devait maintenant suivre l'exemple. L'Alliance anti-corrida, basée à Nîmes, a aussi estimé que cette interdiction était « une grande victoire, un vote symbolique qui préfigure ce qui va se passer en France dans quelques années ».

En Espagne, les défenseurs de la corrida ont dénoncé les arrières pensées politiques du débat, liées au régionalisme catalan. Pour certains médias espagnols comme ABC.es, interdire la corrida dans ce contexte de revendication identitaire, c'est avant tout bannir de Catalogne un symbole de la culture espagnole. Plusieurs régions, dont Madrid, envisagent désormais d'inscrire la tauromachie à leur « patrimoine culturel » pour protéger cette tradition. Et les pro-corridas ont dans leur camp un allié de poids : le roi Juan Carlos, qui a réaffirmé son soutien à la cause il y a quelques semaines.

Cette interdiction est un coup dur pour la tauromachie espagnole qui génère quelques 40 000 emplois chaque année : elle intervient dans un contexte morose pour le secteur, victime de la désaffection des spectateurs et de la crise économique.

LIRE AUSSI :
» En France, l'abolition de la corrida peine à s'imposer

» DÉBAT VIDÉO - Faut-il haïr ou adorer la corrida ?

Les «anti-corrida» espèrent que l'abolition votée mercredi en Espagne va relancer le débat en France.

La corrida

 (mot espagnol, de correr : courir) est une forme de course de taureaux consistant en un combat à l'issue duquel le taureau est mis à mort. Elle est pratiquée essentiellement en Espagne, au Portugal, dans le Midi de la France, dans certains États d'Amérique latine (Mexique, Pérou, Colombie, Venezuela, Équateur et Bolivie).

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L'interdiction de la corrida en Catalogne a suscité de vives réactions en France, où la tauromachie compte de nombreux adeptes dans les régions méridionales, tout en faisant débat.
  • Une "exception" dans le code pénal

Importée d'Espagne, la tauromachie s'est progressivement implantée dans le sud de la France. La première véritable corrida française se serait tenue à Bayonne le 21 août 1853 (lire le récit de cette "première" par Libération). Depuis, la loi a encadré et limité la pratique de la corrida.

En France, l'article 521-1 sanctionne les "actes de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité". Mais cette interdiction ne s'applique pas "aux courses de taureaux lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être invoquée". C'est donc par leur caractère "traditionnel" que les corridas se maintiennent dans l'Hexagone.

"Locale", la pratique de la tauromachie est limitée dans l'espace : un arrêt de la cour d'appel de Toulouse datant du 3 avril 2000 restreint cette activité "dans le Midi de la France, entre le pays d'Arles et le pays Basque, entre la garrigue et la Méditerranée, entre Pyrénées et Gascogne", rappelle La Dépêche du Midi. Quatre régions en France sont ainsi concernées par cette exception : Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d'Azur.

  • Des enjeux économiques et culturels

Dans le sud de la France, la corrida se porte bien et génère même des flux financiers importants. Selon un groupe de députés qui souhaitaient en 2007 la mise en place d'une commission d'enquête sur "l'argent de la corrida", "une heure et demie de prestation des meilleurs toreros est facturée jusqu'à 100 000 euros, hors droits télévisuels". Les taureaux de combat se vendent quant à eux entre 9 000 et 18 000 euros. Des chiffres qui "laissent entrevoir l'échelle budgétaire des volumes financiers que représente la corrida et appellent à une réelle transparence qui n'existe pas aujourd'hui", plaidaient ces cinq députés.

La tauromachie constitue également un attrait touristique. Le maire de Nîmes déclare rassembler jusqu'à un million de touristes lors des ferias qui, par leur caractère festif, attirent un public de plus en plus jeune. Hervé Schiavetti, maire d'Arles et président de l'Union des villes taurines de France, a rappelé le 4 mars, lors d'un déplacement au Parlement de Catalogne, "l'importance économique induite par ces traditions qui s'intègrent à des fêtes populaires importantes dans le sud de la France".

Enjeux économiques, touristiques mais aussi culturels : pour le directeur des arènes d'Arles, Luc Jalabert, "la tauromachie est un phénomène identitaire très fort chez nous, en pays d'Arles". La pratique a compté de célèbres adeptes : Ernest Hemingway ou Pablo Picasso. Certaines personnalités politiques se sont même ouvertement déclarées en faveur de la corrida, comme Ségolène Royal qui déclarait à La Provence en 2007 : "La corrida est un spectacle magnifique."

  • Une question politique

Mais les anti-corridas n'ont pas dit leur dernier mot. Outre les associations de protection des animaux, qui se sont immédiatement réjouies du vote catalan, certains élus souhaitent adopter une mesure similaire en France.

La députée UMP des Alpes-Maritimes Muriel Marland-Militello, qui a déposé avec sa collègue PS Geneviève Gaillard une proposition de loi pour interdire les corridas et les combats de coqs en France, co-signée par 58 élus, fonde beaucoup d'espoirs dans cette "victoire historique". "Le vote catalan, en Espagne, pays de tradition tauromachique, doit inspirer le Parlement français et place l'UMP devant ses responsabilités", déclare Mme Marland-Militello dans un communiqué.

La proposition des deux députées UMP et PS vise à supprimer, au nom des "sévices pratiqués sur les animaux", l'exception faite pour la tauromachie dans le code pénal. Il s'agit de la troisième proposition de loi de ce type depuis 2004, mais aucune n'a encore été mise à l'ordre du jour à l'Assemblée. Tradition, lobbys, et parfois le goût de certains responsables politiques pour la corrida sont invoqués pour expliquer cet échec.

Chloé Baïze

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