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Réfugiés des mers/ EXPOSITION BOAT PEOPLE AUX CHAMPS LIBRES

par Les hirondelles 3 Juin 2010, 04:31 Dossier VN après 1975

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  Région de marins, la Bretagne est particulièrement impliquée dans la question des réfugiés des mers, des sauvetages humanitaires. Qu'on les nomme "Boat People", clandestins ou sans-papiers, les Champs libres de Rennes consacrent aux gens des bateaux, ces réfugiés abandonnant leur pays sur une embarcation de fortune (Petit Larousse), une exposition de société originale et intelligente, à voir jusqu'en mai 2010.

 

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"Pauvres gens nus, où que vous soyez, à souffrir de cet impitoyable orage qui vous lapide, comment vos têtes sans abris et vos ventres sans nourritures, et vos loques criblées de portes, de fenêtres, peuvent-ils vous défendre ?"

Shakespeare. Cet extrait du Roi Lear donne le la. A partir d'un hommage à l'exode vietnamien de la fin des années 1970, l'exposition présente un sujet contemporain et témoigne de destinées blessées par les idéologies, la guerre, la misère, en montrant qu'aujourd'hui rien n'a changé. Des bateaux-refuges traversent les eaux sombres de l'exil en quête de liberté.
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Le sampan, bateau martyr
Au coeur de la scénographie est exposé un sampan vietnamien, dérisoire embarcation. L'histoire d'un bateau qui parle de milliers de bateaux, improvisés, invisibles, pas faits pour ça. Certains naviguent encore, mus par l'énergie du désespoir. D'autres ont sombré, à jamais dans l'oubli, pris dans le piège d'une mer qui s'est refermée sur le courage d'occupants entassés. Ceux qui arrivent à bon port sont des miraculés. Rescapée le 6 novembre 1981 par l'Akuna II, navire humanitaire affrété par Médecins du Monde, cette mince coquille de bois en forme de banane dérivait sans moteur depuis treize jours en mer de Chine. Les 86 personnes à bord ont été sauvées. En charge des opérations,
Bernard Kouchner choisit de ne pas détruire le bateau et l'intègre à son équipage, direction l'Europe.


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En France, la carcasse navigante devient l'expression physique de la situation misérable des réfugiés vietnamiens. Exposée au salon nautique de Paris en 1982, elle a ensuite reposé nonchalamment sur les quais du

Port-musée de Douarnenez (Bretagne) puis intégré ses réserves. Elle fait, pour l'heure,     exceptionnellement escale aux Champs libres sans avoir jamais été restaurée. Professeur à l'école d'ingénieurs de la ville, un visiteur de l'exposition fait part d'une vive émotion ; lui-même, en 1981, avait fui le Vietnam à bord d'un bateau semblable. Le sampan est un bateau de mémoire. Les âmes qui y ont erré pendant treize jours, à la dérive, totalement exposées aux risques des pirates, des avaries, d'éventuelles mutineries, de l'inconfort, des maladies, d'une mer agitée, sont symboliquement matérialisées par 86 ampoules qui n'éclairent pas. Faibles lumières nichées au creux du sampan. Au Vietnam, les sampans sont des bateaux à tout faire (pêche, commerce, plaisance, etc.) mais pour celui qui est arrivé en France, c'est dans ces treize jours de traversée que se tient sa véritable mémoire.
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'Boat People' aux Champs libres de Rennes
"Je montre, je ne démontre rien.'' Ce principe sous-tend l'exposition, qui se veut un point-virgule, une parenthèse ouverte dans laquelle l'histoire humaine, celle qui n'est pas inscrite dans les registres d'archives, peut se révéler, se reconstruire. Une façon d'aborder un débat de société sous l'angle de la neutralité. "Je pense que vis-à-vis d'un sujet comme celui-ci, notre rôle est, en tant que musée d'histoire, de montrer des objets et des phénomènes historiques, anthropologiques, de donner une chronologie tout en laissant le public se faire son opinion", affirme Pascal Aumasson, commissaire de l'exposition. Institution culturelle dynamique et inventive, c'est tout naturellement que les Champs libres, qui aiment à lier leur programmation à l'actualité et mettre en exergue la notion de "vivre ensemble", se sont emparés du sujet. Le commissaire précise : "L'histoire des
boat people est celle de la volonté pour un peuple de vivre avec un peuple en paix, l'Europe occidentale, vivre ensemble."

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Un sujet d'actualité : le présent en mémoire
Si les boat people proprement dits ne font plus l'actualité, des scènes similaires se jouent aux quatre coins du globe. Les mots et le traitement médiatique changent, mais les images restent. Et si le terme a disparu de la presse, il a trente ans d'existence, toujours une réalité et un avenir : on parle déjà de réfugiés climatiques. La génération vietnamienne est traitée à titre d'exemple. "Le musée souhaite prendre appui sur l'actualité telle qu'elle se présente à nous. C'est la raison pour laquelle l'exposition commence et finit par une évocation de la situation des réfugiés en mer Méditerranée aujourd'hui, dans les Balkans, aux Comores, dans le golfe d'Aden, avec vingt photographies de l'AFP qui ont tout juste quelques années", explique Pascal Aumasson. La manière dont les médias portent le sujet, depuis les années 1980 est aussi l'un des thèmes sous-jacents de l'exposition.
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Quand, il y a trente ans, la loi du tapage introduit le thème au sein de chaque foyer doté d'un téléviseur, il s'agit surtout d'inciter aux dons. Un numéro de téléphone défile au bas de l'écran. Aujourd'hui, le phénomène ne fait plus l'événement. Lié au thème des politiques migratoires bien plus qu'à l'imaginaire enrobé d'une catastrophe humanitaire, il perd de sa charge dramatique et se noie tel un fait divers dans un flot d'informations. Clandestins, sans-papiers ? Le vocabulaire a changé. Mais l'exposition interroge. Qui sont les clandestins de nos unes contemporaines sinon d'authentiques boat people ? Aujourd'hui, la complexification de la donne internationale semble entraîner une confusion à la défaveur de réfugiés anonymes. On estime que 30 % des boat people vietnamiens auraient péri en mer. Mais les plus chanceux se sont vus portés par le système d'affrontement de la guerre froide. Fuyant le communisme, ils ont pu obtenir des visas pour le camp occidental. Il y aurait donc des "bons" et des "mauvais" réfugiés ?

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Des boat people aux clandestins : la fuite par la mer

Prison liquide, la mer reste un asile branlant ou les dangers sont partout et l'avenir incertain. L'homme n'y est séparé de la mort que par une mince couche de bois.

Une carcasse de fortune qui n'en est pas moins vectrice d'espoir, support de liberté, à tel point que le nom des réfugiés s'associe à celui du bateau. Aujourd'hui c'est toujours vrai. On pense aux "Pateras", aux "Cuaça-cuaça". "Les réfugiés et leur bateau font corps et prennent le même nom dans une assimilation très puissante qui est celle du désespoir", rappelle Pascal Aumasson. Mais le rôle de la mer a changé depuis la fin des années 1970. La territorialisation amplifiée des océans en fait un passage aussi bien gardé qu'un mur au Mexique ou à Gaza. Ce lieu de fuite, du refuge momentané et du secours est devenu aujourd'hui un mur liquide.

Amalia Casado pour Evene.fr - Janvier 2010

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La note evene : 4/5La note evene : 4/5   par Amalia Casado

''Boat people'', gens des bateaux qui prennent le nom de leur embarcation, fragile refuge de passage, coquille d'espoir, de courage et de misère. L'exposition qui leur est consacrée aux Champs libres de Rennes montre sans dire trop, touche sans choquer. Pas de sensationnalisme déplacé, larmoyant, mais une attention réelle devant un phénomène humain qui, s'il s'est déplacé sémantiquement - on ne dit plus ''boat people'' mais ''clandestin'', ''réfugié'', ''sans papier'' - brûle d'actualité. Le monde globalisé se hérisse de frontières jusque dans la mer. La réalité est visitée à travers un témoignage de terrain : la couverture médiatique que les journalistes en font et le travail des humanitaires - marins et médecins - qui parcourent les océans à la recherche des réfugiés de la mer. En premier lieu Médecins du monde, fondé par Bernard Kouchner. Dans les années 1970, les premiers ''boat people'' fuient le Vietnam en guerre et prennent le large avec pour seul horizon l'exil. L'exposition rend particulièrement hommage à cette émigration vietnamienne pour élargir le sujet dans l'espace et le conduire jusqu'au temps présent à travers photographies, coupures de presse, voix en témoins et objets évocateurs du sauvetage. Pas de débat mais des images et des gros titres dont le ton catastrophiste est mis en sourdine dans une scénographie qui parle d'elle-même, montre sans démontrer, rappelle et pique la conscience dans ce temple du ''vivre ensemble'' que sont les Champs libres. Dépouillées d'une mise en scène dramatique - visant à capter, entre deux raviolis, l'attention des téléspectateurs -, ces photographies parviennent d'autant plus à retenir l'émotion. Les témoignages manquent pourtant. Pas de message bien pensant, de leçon d'inhumanité. L'exposition donne, en silence, une mise en lumière discrète de vies anonymes qui ont bravé la mer et trouvé, parfois, une autre terre.

 

 

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suite:Le Musée des Boat People vietnamiens devra attendre

        

 

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