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La réussite scolaire dans la communauté Vietnamienne...Sur fond de débat sur l'identité nationale ...

par Les hirondelles 10 Juin 2010, 04:38 VietKiêu

rentree-lvn-2002- 13        

On connaît tous un premier de la classe d'origine asiatique...
Pourquoi les vietnamiens font-ils de la réussite scolaire une priorité? Tentative de réponse à travers les portraits croisés de Minh, de Tuan et de Jérôme.
Sur fond de débat sur l'identité nationale, voici un moyen comme un autre de s'intégrer, dans une communauté peu médiatisée.

Voici un reportage récent qui nous fait chaud au coeur

 

  Vidéo Dao Linh Lan

 

LA COMMUNAUTE VIETNAMIENNE : ASPECT SOCIOLOGIQUE ET CULTUREL DE L’IMMIGRATION EN FRANCE : De l’immigration intégration à la citoyenneté

 

   « Les naufragés de la liberté », M. Michel Tauriac répondit  ainsi à une question sur le problème nous concernant : L’intégration vietnamienne est une grande réussite. On peut même parler parfois d’assimilation, et comme notre ministre l’a souligné tout à l’heure, il est vrai que les Vietnamiens sont écartelés entre deux cultures. Ils ont un pied dans chaque culture. Ils se sentent bien malgré tout en France. Je suis un peu Viêt moi-même, vous savez. Les Vietnamiens ne sont pas en France comme on peut l’être à l’étranger, comme on peut l’être aux Etats-Unis, en Australie, etc. La France, pour eux, c’est un peu la continuation de leur pays sous une forme différente. Cette intégration est réussie malgré cette peur, cette inquiétude qu’ils ont de perdre leurs racines et cette inquiétude de voir leurs enfants leur échapper. C’est bien naturel parce que les enfants s’émancipent, ils sont nés en France, ils font parfois des mariages mixtes, malgré eux, car les mariages arrangés existent toujours, ici comme au VietNam… »
...

  Jacqueline de Romilly déclarait : « Un jour est venu où, installé à Paris et servant la littérature, vous vous êtes mis à vivre en français, à penser, à rêver dans cette langue. Vous pouviez faire vôtre le mot de Supervielle : « Je me tais en français ».

 

    La question qui nous préoccupe : Faut-il se couper de ses racines pour s’intégrer ? La bonne réponse à cette question sera donc une autre question : L’intégration en général et celle des Vietnamiens en particulier ne doit-elle pas aboutir à la citoyenneté par la naturalisation ? A ce propos, (« Le Viêt-Nam au Présent », pp. 194-207, octobre 1992), le sociologue Lê Huu Khoa cite Duong Thu Huong, femme écrivain, qui a écrit dans une Auto-Confession (Tu Bach) : Dân tôc ta da chêt hàng triêu lân trong cái chêt (Notre peuple est obligé de mourir des millions de fois d’une même mort), et de commenter : « D’après Duong Thu Huong, le peuple vietnamien sait plutôt mourir que vivre.
    Et, aujourd’hui, pour réapprendre à vivre, il doit apprendre à respecter la vérité et la justice (Trong le phai và su công bang) et de continuer : A ces deux mots Vérité, Justice, il faut - pour l’auteur de cet article - en ajouter deux autres réservés spécifiquement à la diaspora vietnamienne : Loyauté, Tolérance. Je retiens le mot LOYAUTÉ parce que nous autres Vietnamiens, nous sommes loyaux avec la France qui nous accueille, qui nous donne la chance de refaire notre vie, dans le cadre d’un Etat de droit respectueux des libertés.

    Si l’intégration est généralement réussie, c’est parce que, confucéens de culture majoritairement, les Vietnamiens notamment les ex-réfugiés arrivés en France entre 1954 et 1975, qui sont surtout étudiants, intellectuels et commerçants, se ruent vers les secteurs techniques et scientifiques y compris médicaux et pharmaceutiques (un vieux rêve des parents pour l’avenir de leurs enfants) et érigent l’instruction, c’est-à-dire l’école au premier plan (de la vie humaine) dans le pays d’accueil. Sur le nombre des Vietnamiens en France, Michel Tauriac a dit - en répondant à une de mes questions au cours de la séance de discussion du 3 mars 2000 en notre Académie sur « Les naufragés de la liberté » - : « … Je dirais qu’il y en a à   peu près un million. Pourquoi ? Taper sur le Minitel, le nom de « Nguyên » - c’est un peu le « Dupont » du Vietnam – et vous en trouverez partout en France, dans toutes les villes, dans tous les départements. Vous avez près de 4 000 médecins Vietnamiens en France, et plus de 2 000 dentistes et pharmaciens, mais pour les Français, les Vietnamiens sont tous des Chinois et tous restaurateurs… » (Chinatown ou « Le Triangle de Choisy » dans le 13ème arrondissement de Paris). A tous ces professionnels de haut niveau, il faut ajouter (selon Philippe Devillers) beaucoup d’électroniciens (l’informatique étant un domaine où les Vietnamiens de la deuxième génération notamment excellent) et de chercheurs scientifiques dans tous les domaines, également…

    « On s’exile toujours avec ses ancêtres », tel est le sous-titre fort significatif de l’ouvrage du sociologue Le Huu Khoa sur « L’immigration confucéenne en France » (Ed. L’Harmattan 1996, 127 p.). C’est par conséquent avec le poids de la tradition que les immigrés vietnamiens essayent de s’intégrer dans la société française tout en maintenant leurs liens avec leur pays d’origine.
      Pour l’auteur : « L’intégration semble être perçue et comprise comme un processus et non comme un état, qui varie en fonction d’une logique d’ouverture par laquelle le sujet asiatique se montre capable d’incorporer ses attitudes et ses aptitudes héritées du confucianisme (harmonie du collectif) , du culte des ancêtres (de la filiation biologique à la pratique de mémoire), puis du bouddhisme (la permanence et l’éphémère) et du taoïsme (entre relativisme et pragmatisme) ». La tradition confucéenne veut que le Vietnamien (autrefois l’Annamite) respecte l’autorité, la hiérarchie, pratique les vertus du « quân tu » (le sage, l’honnête homme ou « gentleman » anglais) : rectitude, fidélité, loyauté. Il doit rechercher le « juste milieu » (le « milieu juste », disait Etiemble) et doit croire dans la « méritocratie », d’où un amour sans partage pour les études et la fascination pour les diplômes universitaires. Jadis pour devenir « mandarin », aujourd’hui pour réussir son intégration professionnelle et sociale dans le pays d’accueil. C’est incontestablement l’enseignement confucéen, plus que celui du Bouddha et de Lao Tseu ou du Christ, qui pousse l’immigré Vietnamien à aller toujours plus loin dans le perfectionnement de ses qualités intellectuelles pour mériter la réussite de ce qu’il entreprend (sur le plan économique) vis-à-vis de la France hospitalière.
       Il faut dire par ailleurs que l’esprit de famille qui réside dans l’entraide des membres d’une même cellule, fait que le chômage qui touchait durement les immigrés vietnamiens dans les années 80, n’a entraîné - selon une terminologie de sociologue - ni la marginalisation, ni la fracture, ni l’exclusion (v. Buu Lich in « Le Médecin du Viêt-Nam », mai-juin 1997). Le clan familial souvent se reconstitue en cette occasion : les jeunes au chômage sont hébergés par leurs parents et les vieux parents à leur tour passent les dernières années de leur vie auprès de leurs enfants. C’est tout de même plus agréable qu’une maison de retraite ou une pension pour personnes âgées, le culte des ancêtres étant ici associé au culte des Anciens. S’il advient le plus souvent qu’existe une sorte d’ opposition entre d’un côté, la 1ère génération d’immigrés imbus de vertu confucéenne d’éducation hiérarchique familiale et de l’autre, la 2ème génération d’immigrés respectueuse des droits de l’homme et de l’individualisme occidental, il n’y a vraiment pas de rupture car les Anciens imprégnés également de la doctrine confucéenne du « Juste Milieu », acceptent l’éventualité d’une liberté individuelle de choix pour les jeunes dans le groupe dynastique.   
       Faut-il se couper de ses racines pour s’intégrer ? En réalité, il n’y a pas à proprement parler de réponse à cette question. On se demande seulement (comme l’a fait le sociologue Lê Huu Khoa, cité supra ) : Quelle est cette force de réminiscence du passé que les Asiatiques du monde sinisé en général et les Vietnamiens en particulier portent en eux ? C’est , à l’évidence, la terre des ancêtres dont le culte perdure ailleurs, malgré l’éloignement et dans le temps et dans l’espace et qui se trouve transposée en pays d’accueil par le biais notamment d’une pagode où l’ « on dépose les cendres des ancêtres décédés en exil pour pouvoir à tout moment assurer leur retour définitif dans le pays d’origine » à l’occasion de l’anniversaire de la mort de ses parents, de la fête du Têt ou des vacances d’été.
      De toute façon, le retour périodique, massif même depuis 1993, au pays natal de nos compatriotes, revêt un double aspect positif (parce que c’est le signe d’une intégration réussie et normalisée) et négatif (parce que les anciens boat people se trouvent ainsi confrontés à un régime d’ouverture économique certes, mais politiquement totalitaire). Si les jeunes de la 2ème génération refusent cet état de choses, retourner dans son pays natal pour l’ ancien immigré de la 1ère génération afin d’y rejoindre ses ancêtres demeurant une véritable obsession, le poète Cao Tân n’a-t-il pas cherché tous les jours depuis son exil en Californie, son Viêt-Nam au-delà de l’océan ? (Citons pour la démonstration ces quelques vers du poème de l’exilé, traduits par Le Huu Khoa) :

 

« Marcher vers la mer comme un idiot.

Tremper les deux jambes dans le Pacifique

Ainsi mon odeur repart vers le cap du pays

Et touche doucement

Le dos de la douloureuse patrie »

 

     Faut-il se couper de ses racines pour s’intégrer ? Il n’y a toujours pas de réponse précise à ce point d’interrogation ! Mais selon ARISTOTE 384-322 av. JC : « … le citoyen authentique est celui qui exerce une fonction publique : soit qu’il gouverne, soit qu’il siège au tribunal ou participé aux assemblées du peuple. La citoyenneté est donc la participation active aux affaires de la Cité. C’est le fait de ne pas être simplement gouverné, mais aussi gouvernant.

Par Pr Lê Mông Nguyên

Membre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, juriste et politologue

Link cet article:

La communauté vietnamienne de France
De l’immigration intégration à la citoyenneté

 

 

     D’après les récits, l’histoire de la France et celle du Vietnam sont comme chacun le sait intimement liées, et ce même après l’indépendance. Quand on se promène aujourd’hui au Vietnam, on perçoit encore des traces de la présence française. N’oublions pas non plus que la France a ouvert ses bras et accueilli sur son sol de nombreux réfugiés à la suite de la chute de Saigon, les fameux boat people qui ont trouvé dans ce pays une nouvelle terre d’accueil. Leur intégration dans la société française a ainsi été vivement appréciée et considérée comme exemplaire. Cette communauté est solidaire, homogène et active. Solidaire car son tissu associatif est dense et les activités culturelles et sportives sont nombreuses. Homogène, car une grande partie de la communauté vietnamienne de France, comme celle résidant dans les autres pays du monde, se reconnaît dans l’hommage qu’elle rend au drapeau à trois bandes rouges sur fond jaune. Active, car elle ne cesse d’aider les Vietnamiens du pays.

Défilé célébrant le 60ème anniversaire du drapeau jaune trois bandes rouges, le dimanche 6 juillet 2008 à
Paris 13ème, en compagnie de différentes organisations et générations françaises d'origine vietnamienne.

voir aussi:  Tự hào dân tộc bắt đầu từ đâu?/ La fierté nationale par où commencer?

 

 

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